lundi 10 janvier 2011

Et c'est moi qu'on soulève

Ce jour, 11 h.

Je ne parle plus beaucoup de toi mon Amour.
Je te parle moins souvent dans le silence de mes jours.
T’éloignerais-tu de moi ? Ton étoile dans le ciel pourtant scintille toujours et je te vois encore dans la barbe à papa des nuages quand je lève les yeux vers le ciel.
Serais-je enfin parvenue à ne plus voir que ton âme et ce qu’il reste de toi : tes (é)toiles ?
Il m’arrive de les caresser, d’un geste vif, et j’entends alors le bruit de la brosse quand tu peignais.
Combien faut-il d'années pour que la mort d’un être aimé annihile son corps, sa voix, son rire ? En années je ne sais pas, c'est vrai que j'ai oublié le son de ta voix et de ton rire; cela me semble étrange. Il y trente ans nous n'avions pas de caméra pour nous enregistrer et nous filmer, enfin, cela existait mais nous n'en avions pas. Il y avait bien des magnétophones; je me souviens de t'avoir enregistré mais j'ai perdu les cassettes. Voilà ce qu’il me reste de toi : des bruits, des odeurs, des images dans ma tête, et cette chose inexprimable, immortelle, l’âme.
Ben voilà, j'ai parlé de toi . Tsss!

L'après-midi fut calme, sereine, douillette à regarder la pluie battante sur les vitres.
A échanger quelques mails : des sérieux, des légers, des souriants...
A lire :

"A la longue tes oreilles s'habitueront à entendre la rumeur de la foule avec autant de plaisir que le bruit d'une cascade... car l'âme sereine et tranquille est inaccessible aux nuages extérieurs et sourde à tous les bruits du dehors"
Saint-Augustin à Pétrarque, in Mon secret.

"Je sais, dit Lao tseu, que celui qui est expert à prendre soin de sa vie (che cheng), ne rencontrera dans ses voyages ni rhinocéros, ni tigres et, dans les combats, ne trouverait en lui nul endroit pour enfoncer sa corne! ni un tigre où planter ses griffes! ni une arme où faire pénétrer son tranchant! Et pourquoi donc? Il n'y a point en lui de place pour la mort!".
La pensée chinoise, chapitre L'art de la longue vie, page 415.

18 h.

Je me dis qu'il serait temps que je fasse quelques exercices et, la pluie ayant redoublée, je ne peux mettre le nez dehors. Je prends alors un vieux CD pour me donner un peu d'entrain pour mes étirements et autres abdos, hum! Je mets le CD dans mon lecteur : no disc! Je le ressors, l'essuie, le remets : no disc! J'en prends un autre pour vérifier : il marche. Ça y est mon vieux The good book d'Armstrong a rendu l'âme... une seconde fois, comme si, ce que j'écrivais ce matin avait eu une résonance. Ce disque, à l'époque en vinyl, que tu aimais tant, et que j'avais balancé dans ta palette un jour de colère, pour me jeter dans tes bras trois heures après avec un nouveau disque que j'étais partie acheter. Des années plus tard, tu n'étais plus là, javais gagné un lecteur de CD en compétition, et le premier CD que j'avais acheté c'était celui-là. Je l'ai tellement écouté que ce soir il n'est plus lisible. C'est quelque chose de toi qui part avec*. Soit, je vais mettre Keith Jarrett pour mes étirements.

Ceux-ci exécutés, je m'allonge sur le tapis pour les abdos, quelques mouvements et soudain j'arrête, j'allonge les jambes, je ne bouge plus, j'écoute The Köln Concert et je pleure. Pourquoi? Je devrais être heureuse, je ne sais pas pourquoi je pleure sur ce tapis.

"Je me repais tellement de mes larmes et de mes souffrances, avec un plaisir amer, que c'est malgré moi qu'on m'en arrache".
Pétrarque, in Mon secret, éditions Rivages, 1991.

??? Non, je ne me repais pas de mes larmes; j'ai juste pensé une seconde à ma vie. Faut-il que je sois à ce point sur un fil fragile pour pleurer sur... rien? Allons, souviens-toi de quelque chose de drôle, tiens, facile; et voilà que je pense à Claude Nougaro (qui aimait aussi Armstrong) et je me dis que c'est moi qui suis sur le ring :


Quatre boules de cuir
Et soudain deux qui roulent
Répandant leurs châtaignes
Dans le cri de la foule

La joue sur le tapis
J'aperçois les chaussettes
De l'arbitre, là-haut
4... 5... 6... 7...

Enfant je m'endormais
Sur des K.O. de rêve
Et c'est moi qu'on soutient
Et c'est moi qu'on soulève


et j'éclate de rire... et c'est moi qu'on soulève!

22 h 30
* Je ne le rachèterai pas. Je viens de l'écouter sur Deezer, il ne me parle plus, j'ai évolué (ou régressé?) vers d'autres musiques.